A toute la famille,
C'est avec une grande émotion que moi et ma fille Séverine, nous vous avons revu, pour ma part depuis plus de 25 ans... et avec le grand regret de ne pas avoir vu ma soeur Jeanine.
Ma présence à ce rendez-vous était pour moi important et je sais que j'y avais ma place.
C'était aussi une certaine façon de rendre hommage à nos proches qui sont disparus sans que personne se soucie de m'informer de leur décès.
J'aimerais parler de ce SECRET FAMILIAL qui a longtemps pris place dans la famille sans que je puisse à aucun moment me douter du MAL que l'on me faisait. Déjà je pense qu'il faut que je donne une explication à ma soeur Bernadette, quant à mon départ de chez papa Bernard et maman. J'ai pris cette décision de vous quitter en accord avec grand-mère Marie qui me soutenait beaucoup, car elle m'a en partie élevé depuis l'âge de "4 ans". Elle a été pour moi UNE MERE plus qu'une grand-mère.
Ce départ n'avait aucun rapport avec l'argent comme beaucoup l'ont sous-entendu. J'allais retrouver mon père QUE JE NE CONNAISSAIS PAS, pour ne plus être battue par maman qui ne m'aimait pas et qui me reprochait toujours d'avoir dû payé les mois de nourrices. Puis aussi parce qu'elle gardait l'argent de mon travail qui était "dur" physiquement. J'avais à peine 15 ans quand j'ai commencé à travailler.
Je suis partie de la maison familiale, non sans souffrance, car nous avons toutes les trois étaient élevées ensemble, puisque notre soeur Jeanine était élevée chez notre grand-mère Marguerite qui ne m'aimait pas non plus (je pourrais expliquer des faits).
C'est grand-mère Marie qui m'a conduit à la voiture de mon père avec une petite valise marron qui contenait deux ou trois vêtements. Sur le départ, grand-mère Marie m'a dit "tu sais ma petite Colette, tu me manqueras beaucoup, mais tu seras plus heureuse ! dans un an je ne serais plus là !"
Grand-mère Marie a demandé à mon père de prendre soin de moi. Mais à peine partie de la maison, mon père me dit ceci : "tu quittes ta famille mais je ne veux aucune larme et aucune réclamation". Je crois que j'aie tenu longtemps cette promesse ! Mais à cette seconde même, JE NE SAVAIS PAS CE QUI M'ATTENDAIT ET QUI ETAIT REELLEMENT MON PERE BIOLOGIQUE.
Un an après mon départ, grand-mère Marie décédait ; je suis venue à ses obsèques et je me souviens, Bernadette que tu m'avais posé cette question : "tu reviendras nous voir ?" et je t'ai répondu "oui" en toute sincérité. Mais j'étais loin de penser à ce moment précis que mon père m'empêcherait de venir vous voir, si bien que je n'ai pas pu tenir ma promesse et j'en ai beaucoup souffert. Cela a dû être difficile pour toi de le comprendre.
Mais malgré cela, je pense Bernadette que, quand tu me disais que tu avais des fins de mois difficiles avec ta petite famille, je n'ai jamais hésité à te soutenir en te donnant l'argent que tu me demandais.
Cette lettre va peut-être vous surprendre, mais pour moi, elle est importante, car le silence, l'indifférence et les non-dits me pèsent et me font souffrir.
Je n'ai pas
demandé à venir au monde,
Je n'ai pas demandé à ce que mes parents divorcent,
Je n'ai pas demandé à être élevée par des nourrices jusqu'à l'âge de "4 ans" et surtout je n'ai pas demandé à être séquestrée, harcelée moralement, à subir l'inceste par mon père pendant des années.
Je n'ai pas choisi cette situation, le divorce de mes parents a été néfaste pour moi, car je n'étais pas désirée puisque mes parents étaient séparés au moment de ma naissance. D'ailleurs je pourrais me poser cette question ! Qui suis-je exactement et à qui j'appartiens réellement pour avoir été LEUR JOUET ?
Pourquoi ne suis-je pas partie de chez lui ?
J'ai essayé à 3 reprises...
Je ne pouvais pas revenir chez ma mère, je me sentais rejetée et tellement mal aimée quand j'ai quitté la maison.
SOUMISE ET SOUS L'EMPRISE de ce père dont vous connaissiez la NOTORIETE à laquelle j'aurais pu porter atteinte et préjudice, je ne pouvais pas m'échapper par crainte de représailles de sa part. "ME SACHANT SURVEILLEE", (certaines personnes aujourd'hui peuvent encore en témoigner). "TOUT M'ETAIT INTERDIT". A cette époque l'INCESTE était TABOU.
Enfin ce n'est qu'un certain matin qu'avec l'aide d'amis et de collègues de travail (témoins toujours vivants) que j'ai pu organiser mon départ de Normandie avec les enfants. C'est par hasard que je me suis retrouvée dans le sud-Ouest, une région que je ne connaissais pas, dans une maison achetée par mes soins. Quinze jours avant ce départ, mon père m'a imposé de nous accompagner, ce que j'ai eu la faiblesse d'accepter étant donné sont état de santé qui commencait à se dégrader et sa situation financière qui ne lui permettait pas d'être autonome. JE ME DOIS DE PRECISER QUE SES TURPITUDES NE CESSERENT QU'A CE JOUR.
Malgré les difficultés que je ne soupçonnais pas devoir affronter et vivre, cette décision aller me sauver - si l'on peut dire !...
Ma fille Virginie était au courant de cette situation depuis l'âge de 11 ans, car elle-même s'étonnait des comportements de son grand-père à son égard. Il m'aura fallu doublement protéger mes enfants.
Mes filles Séverine et Angélina avaient 19 et 15 ans quand elles ont été au courant de ces faits, qui aujourd'hui font partie de notre histoire.
Cette histoire fait partie de notre vie et reste TOUJOURS DIFFICILE à porter compte-tenu de votre indifférence qui se confirme encore à ce jour et des propos tenus par certains membres de la famille !...
Il m'a fallu beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre.
Ce n'est pas de la fiction ni de l'imaginaire, mais bien la réalité. Si je suis encore là aujourd'hui, c'est grâce à mes enfants, mes amis et les personnes qui m'ont aidée en partie à me reconstruire (Violette et Jean, Hélyette et Bernard, Isabelle, Micheline et Georges, Alain, Pierre, Rose-Marie et Claude, Sophie, Jocelyne, Nadia, Marilia, Francis, Sylvie, Guylène, Eva....) sans oublier papa Bernard avec qui j'avais toujours gardé contact.
Après le décès d'Anne-Marie, je t'ai téléphoné Bernadette pour t'apporter mon soutien, et après plusieurs tentatives, tu m'as dit : "tu n'as jamais fait partie de la famille et tu n'en feras jamais partie" ce fut très douloureux... tu oublies que ta mère était ma mère et ton père qui n'était pas mon père biologique était bien le seul avec Grand-mère Marie à me considérer comme sa propre fille...
Désolée mais je ne comprends pas en quoi je ne fais pas partie de la famille...
Par ailleurs jai tristement appris que tu racontes mon histoire à certaines personnes de la famille à ta façon qui est bien loin de la réalité... c'est pourquoi avec cette lettre je tenais à ce que tout le monde connaisse la vérité... Aujourd'hui, je suis prête à ce que cette histoire sorte de l'ombre et devienne publique.
Que me reprochez-vous ?
Pourquoi tant de haines ?
Pourquoi ces calomnies ?
Quelle est la raison de mon exclusion de la famille ?
Quel est le mal que je vous ai fait ?
Dans ce vécu, ce n'est pas moi le bourreau ! je ne me sens pas coupable et je suis fier d'être ce que je suis aujourd'hui.
Je n'ai plus aucun bien, je ne dois rien et ne fais de mal à personne, c'est ma plus grande richesse et je la revendique très haut et très fort. Ce que j'ai aujourd'hui pour vivre je l'ai gagné avec le courage qui me restait pour survivre.
Tout le monde n'est pas obligé de m'aimer, mais je vous demande de me respecter, en n'allant pas déformer l'histoire de ma vie...
Même très loin et depuis toutes ces années, je n'ai jamais oublié ma famille notamment Laetitia, Dany, Florence, Frédéric, Angélique et Gwenn. Ma porte vous est ouverte... je serais heureuse de pouvoir vous lire, vous écouter, vous rencontrer...???
Colette...


















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